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12 mars 2012

Qui peut participer à une démocratie numérique ?

Si un système de démocratie "numérique" existait [ les citoyens proposant, débattant et votant dans une autogestion assistée par la technologie],  devrait-on rendre cette participation obligatoire, par l'acte de proposition et/ou le vote, comme dans certains pays où le vote est obligatoire ? devrait-on la favoriser par des facilités fiscales par exemple ? devrait-on la rétribuer au travers du "salaire du citoyen", le Misthos, comme le faisait la Grèce antique ? ou devrait-on simplement inciter par de la propagande citoyenne ?

Comment motiver le citoyen à participer ?

Cette question conditionne en partie l'efficacité et la validité du système. On peut considérer que ceux qui ont la fibre citoyenne et le temps libre vont légiférer pour ceux qui sont passifs. Proposer, débattre, voter, c'est du temps à prendre sur d'autres activités. Est-ce que nous sommes prêts à donner un peu de temps pour une vraie démocratie ?

Si l'on regarde la consommation moyenne de médias audiovisuels dans les pays riches, plusieurs heures de télévision par jour (en baisse), et bientôt plusieurs heures d'internet par jour, on pourrait imaginer que la donation d'une heure (fractionnable) par semaine ou par quinzaine passerait sans difficulté. Les gens passent beaucoup de temps en ligne à donner leur avis en ligne sur des futilités, ils pourraient aussi bien l'utiliser pour des choses utiles.

Mais certains ne veulent ou ne peuvent pas intervenir, pour diverses raisons. Certains n'ont aucune affinité avec l'informatique. Certains ne savent pas lire. Certains ne sont ni équipés, ni connectés. Certains n'ont aucune connaissance des affaires publiques. Certains n'ont aucune notion personnelle d'intérêt public. Certains pensent que donner leur avis est inutile. Certains pensent que tout est truqué. Certains n'en ont absolument rien à cirer.

D'autres, au contraire, voudraient tout connaitre et (participer à) régir. D'autres sont ultra-procéduriers. D'autres sont obsédés par une thématique. D'autres sont psychorigides. D'autres ne connaissent pas les dossiers mais veulent donner leur avis. D'autres sont payés ou influencés pour agir. D'autres veulent simplement paralyser le système, d'autres veulent détruire le système. D'autres veulent truquer le système.

La gestion de cette diversité est difficile. Il faut à la fois recueillir un maximum de participation populaire, et à la fois viser une grande qualité de représentation des idées et une grande pertinence de la typologie des choix possibles. C'est ici que les choix technologiques vont s'associer aux choix ergonomiques, à l'esthétique de l'interactivité: en matière de technologie de l'information, le choix technologique est directement un choix politique. Il faudra que la logique d'intervention du citoyen dans le système soit d'une extrême simplicité et visibilité. D'une extrême transparence.

Du point de vue technique, il n'y a rien à inventer, sinon l'architecture du systèmes. Ce ne sont que des technologies de base de données, utilisées universellement, et avec des standards logiciels ouverts, sous licence libre, garantissant à la fois la solidité et la transparence des outils de gestion.

L'arborescence du système (invisible pour l'utilisateur, visible pour toute personne voulant vérifier le code) peut être complexe, on peut détailler et découper toutes les opérations de consultation, décision, publication, vote etc. en de multiples opérations simples, garantissant un accès réellement ouvert à tous.  Il ne faut probablement pas chercher à faire intervenir tout le monde sur tout, mais spécialiser les intervenants dans les domaines qui leur plaisent, qui ne sont pas forcément ceux pour lesquels ils seraient plus qualifiés au départ, par leur savoir ou par leur expérience.

(article en cours de rédaction, incomplet, publié pour information)

5 mars 2012

Démocratie Liquide, Démocratie Libre

Peut-on concevoir une démocratie qui échappe au système pyramidal de la tribu et de son chef ?

Pourrait-on s'aider de technologies numériques pour fonder et entretenir une vraie démocratie ? Pourrait-on trouver des outils d'information politique qui permettent de s'affranchir de la pensée unique des médias ? Pourrait-on garantir transparence et respect des libertés individuelles et collectives ?  

Je vois déja dans certaines têtes un grand nombre de clignotants oranges ou rouges s'allumer.... Quoi ? donner la parole aux vrais gens ? démagogie ! populisme ! dictature des citoyens ! groupes de pression ! lobbies ! poujadismes ! corporatismes ! irrationalités ! emballements !

Et pourtant, un peu partout dans le monde, depuis une dizaine d'années, des citoyens et des élus se rendent compte que les outils numériques en ligne, sur des technologies de base de données, permettent à la fois de recueillir de l'information et des propositions, de garantir la transparence des débats, et de faire émerger du décisionnel. Démocratie Libre, Démocratie Liquide, Démocratie Participative, Démocratie Fractale, Vraie Démocratie, Nouvelle Démocratie Directe, Démocratie Numérique, Démocratie Ouverte, E-Democratie, Cyberdémocratie.... des dizaines de concepts émergent et s'expérimentent, dans le silence de la pensée unique de la classe politique et médiatique française, bien effrayée que l'on touche à son terrain de jeu bicentenaire.

Deux exemples de consultation citoyenne à 10 ans d'intervalle:

En 2002, le maire de Hamburg, en Allemagne, ville d'un million et demi d'habitants à l'époque, jumelée avec Marseille en France, décide de consulter les citoyens sur les grandes orientations de la ville, aidé par des outils numériques permettant de recueillir, présenter, débattre et voter n'importe quelle proposition citoyenne. L'université de Hamburg-Harburg conçût alors un outil numérique expérimental qui permit de recueillir et débattre, pour un premier test, plus de 54 idées uniques, dont cinq furent retenues pour réalisation. Voici ce qu'en dit le maire, après la consultation:  Je n'ai jamais vu de discussions aussi créatives et qui aient généré autant de bonnes idées"

En 2012, plus près de nous, le maire de Grigny, près de Lyon, lance la 7ème année de consultation de la population, et pas pour décider de l'emplacement des guirlandes de Noël, mais pour le budget 2013 de la commune ! C'est le Budget Participatif. Pour donner une idée de l'importance des propositions citoyennes retenues à Grigny: le budget participatif 2011 représente 25% du montant global du budget d'investissement 2011.

La démocratie aidée par le numérique est donc possible ! après tout, ce n'est que de la récolte, de la gestion et du stockage de parole, puis de la divulgation de données par réseau, cela ne pose pas de problème technique majeur, mais des choix éthiques.... Que faudrait-il mettre dans la marmite pour vraiment réinvestir de citoyen dans la vie de la cité  ?

La noble politique, à l'échelle locale comme à des échelles plus grandes, devrait d'abord être un système de récolte et de présentation de propositions, ouvert à tous, dès l'âge de raison, par grandes thématiques, dans les territorialités qui nous concernent, puis par thématiques affinées, jusqu'à la détection optimale de toutes les problématiques collectives.  

- Des outils et des fonctionnalités doivent permettre de discerner les grandes tendances consensuelles, aussi bien que les propositions alternatives.

- Pour chaque proposition ou groupe de proposition recueillant intérêt, il est nécessaire d'associer un débat, sous forme de forum en ligne et d'obtenir après synthèse, au moins deux avis contradictoires (par proposition), sinon plus. Ce forum permet de tracer et compiler toutes les composantes  (technologiques, juridiques, législatives, sociales, etc) d'une proposition ou de sa contradiction. Cette étape est le coeur du système.

- Ces propositions et ces avis sont ultérieurement rédigés  dans un volume d'expression calibré ( sous forme résumée uniquement), équitable, dans un style encyclopédique, (équivalent au style que les contributeurs utilisent sur wikipedia).

- Une fois les propositions rédigées, et déclarées comme satisfaisantes,  des outils de publication peuvent lancer les consultations publiques et les votes associés.

- Un site dédié à la publication permet de présenter les propositions votées.

En Europe, dans certains pays comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Islande, la Suède, la Hollande et bien d'autres, des universitaires, des chercheurs, des citoyens et des politiques conçoivent, testent et mettent en place des systèmes de consultation. 

En Islande, la consulation citoyenne a été retenue pour réécrire la constitution du pays après le krach provoqué par un petit nombre de malfrats financiers en 2008. Bien sûr, cela ne s'est pas passé aussi bien que la presse a voulu le dire. L'implication des citoyens a été très faible, notamment à cause d'une mise en place trop rapide du système, d'un temps de débat réduit, d'un manque de communication et d'éducation à ce genre de démocratie, et d'un rush de l'ancienne classe politique et économique de l'ile pour parasiter le processus tenter de recoller discrètement les anciens systèmes clientélistes et opportunistes. Mais le précédent est là. C'est possible. Cette expérience nous apprend essentiellement qu'un changement de ce genre doit se faire sur un terme long, et après formation de la population.

En Espagne, un collectif citoyen tente également une méthode de démocratie libre dont la méthode semble la plus opportune pour contrer l'emprise des intérêts économiques et financiers sur le politique: récolter les voix citoyennes et leurs propositions par des outils numériques, les faire incarner par des humains devant défendre ces idées au sein des institutions actuelles. Il s'agit des débuts d'une forme de gouvernement parallèle, un concept similaire au gouvernement en exil, mais in-situ, dont on espère que la force et la validité politique puisse supplanter un jour les formes traditionnelles vendues aux intérêts financiers. Ce n'est pas gagné, mais c'est une expérience des plus intéressantes. Le projet s'appelle Democracia Directa Digital ( D3) . C'est une méthode mixte entre la forme politique traditionnelle en usage dans le monde, et l'injection de technologies numériques dans le processus. Cette méthode est également compatible avec les institutions républicaines françaises.

En Allemagne, décidément à la mode en ce moment où les comparatifs entre les deux poids lourds européens font florès, cela fait donc plus d'une dizaine d'années que l'on réfléchit à l'utilisation des technologies numériques comme outil d'aide à la (vraie) démocratie. Des outils d'aide au vote démocratique font leur apparition autour du concept de Démocratie Liquide, encore largement inconnu en France. Des partis comme le Parti Pirate Allemand tentent actuellement l'expérimentation, s'aidant de logiciels et de services conçus pour la Démocratie Liquide, comme Liquid feedback, ou Adhocracy.

En France, plusieurs tentatives émergent discrètement et avec plus ou moins de crédibilité politique, au sens noble du terme. L'une plus médiatique, l'autre plus technologique. Il y a le studiantin Democrateek.fr, dont la terminologie Eek rappelle plus l'origine Geek que Greek, qui a cependant pour avantage de faire progresser l'idée de la participation citoyenne dans le grand public et chez les jeunes.

Lorsqu'on arrive sur la page d'index des propositions  , on se rend compte de deux choses très importantes:

Sur le fond : 

Il est très important de définir sur quel champ politique, sociétal et territorial  on propose d'agir.

Quel canal sera porteur de l'aboutissement du débat et des votes vers le champ décisionnel actuel ?

Comment  présenter, hiérarchiser les grands territoires d'action démocratique, les grands "ministères", dans lesquels le citoyen peut poser sa pierre numérique ? faut-il calquer les institutions politiques et territoriales actuelles pour permettre une identification rapide du système ? ou peut-on également innover dans ce domaine ? 

Sur la forme:

Quelle ergonomie est à mieux d'aérer la consultation et la participation au système ? L'ergonomie 'à la wikipedia', comme celle que l'on observe dans la page portail de Wikipedia n'est elle pas immensément plus efficace, que tous les boutons et cadres mous du Web 2.0 ?

La plus sérieuse initiative en France me semble, du point de vue technologique, celle de LIQD, qui s'appuie sur Liquid Feedback et Adhocracy, même si la notion de "Agora Ex Machina" ( La démocratie issue de la machine)  repérée sur le site me semble odieuse si elle n'est pas transformée en " La démocratie aidée par la machine". En effet, le concept de "démocratie issue de la machine", se rapproche trop des idées de la secte technologique dite "mouvement Zeitgeist", qui veut instaurer des ordinateurs-maitre dans d'immenses villes bétonnées et uniformes, ordinateurs qui gèreraient nos vies...

A l'heure où le corps électoral se réduit, où aucun citoyen ne se dit réellement satisfait du système de représentation de sa voix dans les institutions politiques, locales, nationales ou supranationales, ces initiatives sont porteuses d'une grande respiration, d'un grand espoir de reconquête de la vraie démocratie. Comment les perfectionner, les faire émerger ?

Les partis politiques sont-ils capables d'initier et ingérer le bouleversement de leur propres structures dans les formes réellement démocratiques que permettent le numérique et les réseaux ? ou faut-il contourner le fonctionnement des partis, jusqu'à ce qu'ils se joignent à d'autres initiatives ?

(billet en cours de rédaction et de modifications)


29 février 2012

Circuit long, circuit court, relation directe & taille humaine

Mais revenons à nos légumes. 

Pour comprendre comment la centralisation et le modèle pyramidal peuvent être court-circuités, prenons un exemple dans la vie quotidienne, l'alimentation. (Manger et boire sont des priorités absolues, comme dirait Coluche.) Nous observons qu'il y a à peu près deux modèles en usage:

Alimentation industrielle, circuit long = agriculture industrielle + concentration des matières premières + transformation industrielle + pré-processing de l'alimentation + intermédiaires + distribution de masse = impacts sur l'environnement (biodiversité, intrants, biotope, énergie, transports, emballages) + impacts sur l'énergie (pétrole) + sur la finance (spéculations sur les matières premières agricoles) + sur les transports + impacts politiques et économiques (délocalisations, impérialismes, brevetage des semences) + impacts sur la santé publique (intrants, pesticides, conservateurs, OGM) + impacts sur la sécurité + impacts sur la culture (marketing, nourritures confessionnelles, patrimoine), etc. On peut y rajouter un incroyable gaspillage : les derniers chiffres de 2011 montrent que 30 % de la production alimentaire mondiale est jetée sans être consommée. Centralisation ? Modèle pyramidal ? Les dix premiers grands groupes de l'agro-alimentaire nourrissent la moitié de la planète.

Alimentation familiale locale, circuit court = agriculture locale, vente directe, cuisine familiale= Intrants locaux et recyclés, biodiversité, semences locales reproductibles, patrimoine culturel, emplois locaux, environnement protégé, lien social, coût énergétique limité, etc. c'est encore le modèle de milliards de personnes sur cette planète, et il fonctionne depuis des milliers d'années, sans détruire quoi que ce soit.


L'alimentation industrielle étant à la fois remise en cause par la croissance du coût de l'énergie et par les changements climatiques, à court terme, il nous faudra rapidement mettre en place des solutions durables pour nourrir les humains, quelle que soit leur zone géographique. Il va de soi que les populations qui sont déjà en auto-suffisance, qui sont généralement des populations de pays moins industrialisés, sont déjà à l'abri.

Ceux qui ont du souci à se faire à court et moyen terme sont les populations urbaines concentrationnaires. Les grandes mégalopoles. Elles sont actuellement  totalement dépendantes des transports et de l'industrie agro-alimentaire : pour chaque ville européenne et chaque produit alimentaire, on connait le nombre de jours d'autonomie. Les citoyens de nos plus belles capitales seraient surpris de découvrir que cette autonomie n'est que de quelques jours, voire quelques heures, tellement les flux tendus sont devenus la norme de distribution alimentaire.

Certes, dans l'avenir, les urbanistes de demain ont imaginé et intégré les notions de permaculture urbaine, fermes verticales, fibres et protéines produites en bassin, villes en transition, mais ces concepts sont tellement inconnus des politiques et des citoyens, tellement ignorés par la pensée unique, que leur mise en place ne pourra se faire qu'au bord du gouffre énergétique et climatique, si l'on en a encore les ressources.

Certains ont déja commencé les mutations nécessaires : aux Etats-Unis, à Détroit par exemple, ville sinistrée de l'automobile, des pavillons d'habitation et des usines abandonnés au coeur des quartiers sont détruits et remis en agriculture par des collectifs citoyens ( en général en agriculture bio), pour subvenir aux besoins locaux. Mais on a du mal à imaginer ce que peuvent devenir Tokyo, New-York ou Paris lorsque les légumes ne pourront plus venir d'Italie, Hollande, Espagne ou Maroc.

Retrouver une alimentation non-industrielle, saine et à coût raisonnable, sans impact sur l'environnement, génératrice de culture et de lien social, est nécessaire pour l'humanité. On ne peut pas croire un seul instant que les technocrates de certains organismes de recherche, ou d'agences mondiales de l'alimentation, prétendant que les OGM de trois ou quatre firmes transnationales vont suffire à nourrir le monde, aient raison dans le contexte qui se dessine sous nos yeux.

Il faut que la paysannerie renaisse dans le monde sous de nouvelles formes. Il y a d'abord une question d'échelle. Le capitalisme a profondément ancré dans nos cerveaux les notions de production de masse, de croissance continuelle, de négation de la distance, de productivité, de rendement, d'immédiaté. Tout concepts éloignés de la raison de la Nature.

A quoi sert la notion de rendement si elle écrase le paysan dans des travaux harassants, si elle pourrit son environnement, si elle détruit son moral et sa vie familliale, si elle l'endette, si elle le sert pieds et poings liés à des multinationales pour lesquelles tout individu n'est qu'un pion interchangeable, et si elle ne fournit au consommateur final qu'un produit toxique, formaté et sans saveur ? Un paysan avec 4 hectares en bio, ne faisant que de la vente directe, vivant largement, n'est-il pas plus heureux qu'un céréalier ou un éleveur avec des dizaines ou des centaines d'hectares ?

Pour une exploitation agricole, comme pour une  entreprise ou une architecture, ou tout processus humain il faut revenir à la notion primordiale de taille humaine.

La taille humaine, c'est un équilibre entre le contrôle par une personne, ou un tout petit groupe de personnes en entente cordiale, et un processus de production ou de génération. C'est ce qu'une personne peut manipuler, contrôler, entretenir, surveiller, travailler, détenir, protéger, construire, développer, concevoir, enseigner, transmettre, sans dépendre de façon vitale d'un autre processus.

Dans les AMAP que l'on voit surgir dans le monde depuis une dizaine d'années, un maraicher, un éleveur, un fruiticulteur, et un seul céréalier suffisent pour 40 à 80 foyers avertis, c'est à dire, foyers dont les processus d'alimentation ont quitté l'ère consumériste traditionnelle née au milieu du XXème siècle.

Les agriculteurs en vente directe bien organisés, sous AMAP, sous coopérative comme les Voisins de Panier par exemple, arrivent à vendre, et souvent du bio, au prix de la grande distribution. De nouveaux concepts de rotation ou de partage de ressources, permettent avec un minimum d'organisation numérique, de rajouter la diversité nécessaire aux processus, aux productions, comme au lien social.

Toute cette économie de la vente directe repose sur une seule chose: un ensemble de technologies de communication et d'agrégation de contenus. C'est la véritable clé du système. Ces outils ont permis une automatisation des relations technocratiques nécessaires à la production, à la distribution et au lien social associé. Ces outils, quasiment tous liés à Internet et à la culture des Logiciels Libres et Ressources Libres ne sont que des intermédiaires, des synapses, mais ils sont à protéger comme la prunelle de nos yeux. Ils sont totalement dépendants d'Internet, c'est à dire d'un réseau non dépourvu de failles, mais que l'on peut doubler, là aussi, de façon pérenne.

En ce qui concerne l'aspect économique, cette taille humaine permet également d'utiliser des modes d'échange non-marchands, c'est à dire des systèmes d'échange de services, d'échange de biens, dans lesquels aucun pouvoir économiquement totalitaire ne peut intervenir.

On rétorquera: oui, mais, pouvons-nous nourrir Paris ou Tokyo avec des AMAPs ? et les pays ou l'hiver dure 6 mois et empèche toute culture ?

Dans la situation actuelle, la réponse est non. Il n'y a pas de solutions miracle, mais une multitude de solutions à échelle humaine, qui chacune apportent leur pierre à un problème particulier. Un système d'autonomisation, d'autogestion, ne peut pas se concevoir à l'échelle industrielle. C'est un piège.

Une mégalopole de 30 millions d'habitants comme Tokyo, si l'énergie pour les transports transnationaux vient à manquer (le Japon entier importe 60% de sa nourriture d'autres parties du monde), doit réduire sa population, à la fois pour dégager des surfaces agricoles ( verticales), et à la fois pour limiter la masse d'aliments à fournir par unité de surface terrestre.

La concentration humaine est une création des révolutions industrielles, liée à la mécanisation, à la production de masse. C'est à dire dépendante de ces paramètres. La bonne réponse est donc d'aérer les zones concentrationnaires, qui d'ailleurs, le font naturellement si on ne les remplissait pas à nouveau, car la fécondité baisse avec la concentration des individus.

Une deuxième problématique alimentaire est celle de la dépendance au climat ou aux saisons: trop froid ou trop sec. Là aussi, il n'y a pas de réponse globale ou systématique, mais un ensemble de solutions à échelle humaine, évoluant avec le temps.

Les pays riches très froids en hiver importent massivement des produits cultivés à des milliers de kilomètres de là : Il y a pourtant des techniques traditionnelles de conservation, que le monde moderne nous a fait oublier, pour garder plusieurs mois des protéines végétales ou animales en attendant la bonne saison ( Qui possède chez soi un vieux livre de cuisine de grand-mère ou arrière grand-mère saura comment on peut conserver un oeuf intact pendant plus de 6 mois ou un an, une pomme ou une carotte pendant tout l'hiver).

Il y a aussi des techniques contemporaines de culture hors-sol, germinations et autres fermentations sous abri, qui peuvent assurer diversité en produits frais, goût et culture du bien manger. L'énergie pour ces cultures indoor n'est pas un problème dans la mesure où ces pays ont une abondante énergie hydraulienne à proximité ( la gigantesque énergie des courants marins, à ne pas confondre avec le marémoteur ou l'houlomoteur)

Mais ne nous enfermons pas dans des solutions toutes faites. Ni dans l'aveuglement technologique. Regardons simplement le fait que d'un côté, l'auto-organisation, l'autogestion, la taille humaine permettent une indépendance des processus, du producteur jusqu'au consommateur. Même la finance ne peut pas parasiter le système.

Le consommateur consumériste objectera que le temps lui manque pour s'insérer dans un processus d'autogestion. La réalité est qu'il n'a pas quantifié le temps total que lui prennent ses activités liées à l'alimentation, et encore moins l'emprise psychologique que lui prennent ces courses, ni le temps qu'il lui faudra pour s'en remettre. Par exemple le temps de montre et le temps de cerveau nécessaire pour quitter un centre urbain avec un véhicule, rejoindre une zone commerciale péri-urbaine, naviguer entre parkings, rayons, queue à la caisse, parking, chariot, sacs, emballages, regarer son véhicule est bien supérieur à l'heure de plaisir de retrouver les copains de l'AMAP, son agriculteur, boire un coup et papoter avec les autres Amapiens dans un lieu sympa, à proximité de chez soi.

En serait-il de même pour des productions non-alimentaires ? de l'habillement, de l'équipement, de l'électronique, du pharmaceutique ? nous nous y pencherons ultérieurement.

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