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Ecologie

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12 juin 2019

La mutation du discours politique face à l’effondrement

Repris du site du Sauvage, journal consacré à l'écologie depuis 1973

Les élections Européennes de 2019 ont illustré un fait historique dans l’histoire politique de l’Europe: la totalité des partis français ont inclus l’écologie dans leur programme. Certains propos sont même tout à fait radicaux, là où l’on ne s’y attendait pas. Je vous laisse deviner de quels partis viennent les discours suivants:

« Plus largement, derrière notre projet européen, il y a l’ambition d’une « civilisation écologique ». Cela signifie en finir avec le courtermisme et la loi du profit immédiat, sans égard pour l’ordre naturel, c’est-à-dire parfois le temps long. »
https://rassemblementnational.fr/videos/1er-mai-2019-a-metz-discours-de-marine-le-pen/

« La sécurité alimentaire, l’aménagement de notre territoire et la transition écologique, qui sont des conditions essentielles de notre avenir, passent d’abord par ce chemin. »
https://www.republicains.fr/actualites_tribune_pac_avenir_en_jeu_20190224

« Sensibiliser les citoyens, dès le plus jeune âge, à l’urgence écologique, grâce à un enseignement sur les enjeux du climat et de la biodiversité »
https://www.mouvementdemocrate.fr/programme/propositions-2436

« Engagés pour la transition écologique et la protection de l’environnement, développer une agriculture sans pesticides en 5 ans en aidant les agriculteurs »
https://www.les-patriotes.fr/nos-propositions-illustrees-lecologie/

« À l’heure où il faut faire un choix et agir pour une Europe plus écologique il faut savoir s’affranchir des seuls slogans, des seules postures, des seules bonnes intentions, et soutenir les orientations susceptibles de changer de cap pour passer de l’écologie de façade à l’écologie réelle. »
http://www.debout-la-france.fr/actualite/pour-passer-de-lecologie-de-facade-lecologie-reelle


N’en jetez plus ! Bien sûr, nous ne sommes pas dupes de l’incohérence entre ces paroles de posture électorale et la nature conservatrice de programmes ou de personnels politiques, qui, en réalité, prônent la continuation du modèle productiviste actuel, voire son renforcement.
Nous ne sommes pas surpris non plus par l’emploi fréquent de « transition écologique », un fourre-tout bien pratique dans l’esprit des conservateurs, car il peut parfaitement inclure la continuation du capitalisme par le biais de la croissance verte.

Mais la présence de ces mots nouveaux, et parfois forts – « civilisation écologique », « écologie réelle »- dans les partis de droite ou d’extrême-droite n’est pas seulement issue de la conjoncture électorale. Il y a une préoccupation réelle des militants et de certains dirigeants face au bouleversement climatique et ses conséquences, notamment portée par la peur des migrations. On ne se refait pas.

Du côté de la presse, les grands journaux n’hésitent plus à titrer en Une sur certains événements liés au réchauffement, sur des appels de personnalités ou de scientifiques, ou sur certaines prospectives scientifiques graves qui donnent à réfléchir. Il y a encore quelques années, ces articles étaient relégués au secondaire volet « Environnement », et les grandes manifestations pour le climat, excepté autour de la COP21, n’étaient pas autant mises en valeur.

Mieux, à la télévision ou sur internet, la notion d’effondrement commence à apparaitre, bien qu’elle ne fasse pas encore partie du vocabulaire politique courant. Une partie du grand public a découvert en 2018 la série de 6 reportages de TF1 sur l’effondrement ( ici ), ou la vidéo du Live Facebook du Premier Ministre Edouard Philippe et de Nicolas Hulot, devisant sur le best-seller « Collapse «  de Jared Diamond (ici). Youtube foisonne de centaines de vidéos francophones sur le sujet, dont la teneur peut varier de l’analyse scientifique jusqu’au délire mystique, décrivant les phases d’effondrement observées, modélisées, prévues, vulgarisées, niées, moquées, redoutées ou attendues, il y en a pour tous les goûts.

En revanche, la notion de décroissance, pilotée ou subie, mais inévitable, n’arrive pas encore à pénétrer la société et les médias, tellement le formatage de plus de 2000 ans d’exploitation des ressources terrestres est implanté dans notre pensée. La finitude de beaucoup de ressources essentielles (énergies, minerais, métaux, biomasse) dans les prochaines décennies, qui survient en même temps que la crise climatique, n’est pas autant connue ni médiatisée que le réchauffement.

Nous vivons cependant le tout début d’un moment-charnière, celui de la prise de conscience d’un changement radical, généralisé et inévitable, qui scellera un nouveau destin pour l’humanité. Une fenêtre cognitive unique. On aurait tort de sous-estimer l’importance de cette période très courte, dans laquelle nous vivons encore en relative stabilité, mais voyons se rapprocher des échéances incontournables. C’est dans cette période encore pacifique que se définissent aussi bien les orientations les plus ouvertes que les plus sombres.

Les citoyens vont être de plus en plus nombreux à chercher des informations, des analyses, des prévisions. Qui sont généralement pessimistes, si on écarte les prospectives transhumanistes et autres cécités futuristes. Ils chercheront ensuite des solutions, des repères, des programmes, des actions, et y trouveront leur compte, et éventuellement leur gourou.es, ou sinon, s’orienteront vers des valeurs séculaires ou archaïques de repli sur soi, d’autorité, de religiosité, ou de sécurité, ou, pire encore, transformeront l’inévitable angoisse de l’effondrement en désespoir ou en violence, en chasse aux bouc-émissaires, en désespoir collectif ou en nihilisme haineux, opérant la « convergence des chaos », climatiques et sociétaux.

Il s’agit donc pour le champ politique, médiatique et culturel, non seulement de répondre aux interrogations actuelles des gens, mais aussi de gérer l’angoisse que génère la découverte de l’effondrement et de l’inévitable décroissance. Orienter le grand public vers des perspectives non réjouissantes nécessite un courage politique important, et une connaissance fine des aspects psycho-sociaux. Les collapsologues en étudient toutes les phases, individuelles comme collectives, et c’est une contribution importante de leur travail.

Il semble important de ne rien masquer de la réalité actuelle du réchauffement et de la finitude de certaines ressources. Il paraît essentiel qu’on ne minore aucune prospective scientifique inquiétante, et même, qu’on l’intègre rapidement dans la réflexion politique et citoyenne. A ce sujet, il est stupéfiant de voir que les études publiées fin mai 2019 par l’Académie des Sciences US sur les niveaux de fonte des glaces polaires (1), et qui dessinent une élévation des mers bien plus rapide et bien plus forte que prévue 5 années auparavant (jusqu’à 2m40 d’ici 80 ans), n’ont aucunement déclenché de réflexion politique d’ampleur, alors qu’elles sont capitales pour la prospective des 40 prochaines années.

Il semble également salutaire de ne pas mentir à la population sur certains aspects du dérèglement climatique. Il n’est pas raisonnable, par exemple, comme on l’a entendu aux élections Européennes de 2019, dans la bouche de certains leaders écologistes, qu’on pourrait gagner le combat contre le dérèglement du climat. L’ »inertie temporelle » du CO2 déjà libéré depuis 150 ans, et d’autres paramètres comme l’accélération actuelle de la libération de méthane (2), provoquent des changements climatiques hors de portée de nos efforts, fussent-ils radicaux, globaux et immédiats. Oui, la bataille du climat est perdue, mais celle de la résilience ne l’est pas. Ce qui n’empêche pas de tout faire pour laisser le pétrole enfoui là où il est, et limiter ainsi les effets à long terme.

C’est aussi sur les temporalités de l’action politique que se pose un nouveau problème. Les derniers constats scientifiques nous montrent que les perturbations issus du réchauffement s’opèrent de plus en plus vite, et impactent rapidement la société ( cyclones, sécheresses, inondations, incendies, perte de récolte, etc.). Ils nous montrent aussi que des phénomènes d’emballement sont probables, bien que difficilement quantifiables et presque impossibles à placer sur un calendrier. A l’inverse, la résilience se prévoit sur un temps long. Elle peut se mettre en place aisément dans une période encore calme, comme maintenant, mais ne peut plus se construire en période d’effondrement plus important.

Enfin, il faut avoir le courage de constater que ce que nous appelions avec fierté « démocratie » n’est plus que l’ombre d’elle-même, tellement l’imbrication entre l’économie et le politique a détruit toute possibilité citoyenne d’intervention et de réforme systémique dans la marche des nations. Là aussi, devant l’impuissance du politique face à la finance, il se pourrait bien que l’action populaire, dont on ne peut prévoir la teneur, populiste & claniste ou bien citoyenne & associative, prenne l’initiative, avec tous les risques ou les bienfaits que cela peut apporter.

Il apparait donc essentiel que le champ politique encore en activité, s’il veut survivre, intègre ces nouveaux paramètres: psychologiques, scientifiques, temporels et sociétaux dans de nouvelles formes de réflexion et d’action ouvertes. Cette mutation du politique est incontournable. Ceux qui la portent aujourd’hui, dans le champ politique ou en dehors, notamment dans le champ associatif, auront une possibilité de construire des zones résilientes moins impactées par l’effondrement, où la vie pourra prendre toute sa valeur et toute sa puissance renouvelée. Une seule chose est certaine: il n’y a pas une seconde à perdre.

30 septembre 2015

Transformaking symposium, Jogjakarta, Indonesia, sept. 2015

Text and slides of my presentation in the first Transformaking symposium, Jogjakarta, Indonesia, september 2015 http://transformaking.org

Good afternoon,
Thank you for your presence here, and thanks to the organisers of this important moment.

I am Jean Noël Montagné, founder of a hackerspace in Nice, France, called Nicelab, " Open Laboratory of Nice". I started cultural collaborations with HONF foundation, Indonesia, twelve years ago. I was very happy last year,  when HONF team invited me for brainstorming on the future of making and of DIY spirit, when Gustaff Harriman Iskandar, from Bandung hackerspace,  invented the words Transformaking and Transformakers.
For me, these words are an opportunity to impulse a political perspective in the Makers's scene in rich countries.

*Makers*

In France, most of the Makers are hobbyists, technolovers, geeks. They create for fun, for local glory and some, for business. But few of them are makers for social or political goals. Most of the objects created in fablabs and makerspaces in the last years are useless regarding the urgent problems of the planet.  Because the planet is on fire. Climate crisis. Energy crisis. Demography crisis. Water crisis. Metals crisis. Financial cris.  Education crisis, even crisis of mental health because of the abuse of digital communication.

But stop ! it's enough ! Come back to transformaking, No-one wants to ear this crude reality !

*No lessons from the past*

And that's the problem: historians studying the extinction of old civilisations in the last millinaries have discovered that leaders and populations perfectly knew the serious problems of their time but they have ignored the scientific advices and all indicators turning to red, until the end. We are doing exactly the same and we don't have a lot of time to act. We must transform all sectors of the society before  the conjunction of some important crisis, and transformakers will help us to do it.


*Interdependency*


In the global village, industry is totaly dependant of flux, networks of raw materials, energy, goods, tools, components, distribution and transportation. Any failure on one spot can disturb or stop all the chain, from extraction of raw materials to distribution of goods. This interdependency is an enormous fragility in the context of the coming crisis, and transformakers can help us to break it.


* Resilient society*

We have all noticed that we can't really count on our political systems to find efficient solutions, we should count on ourselves. We, citizens, can buid resilient communities, based on small structures, driven by direct democracy, and based on big citizenship networking.  We have the digital tools and the network to do it.
Transformakers have a key role in this transition from globalisation to resilience.

Let's have a deeper look in this crisis instead of being blind to reality. If we are here in Jogyakarta, it's because we have understood what is coming, and how Transformaking can help us.

The first crisis to observe with the glasses of Transformaking is climate crisis. 


*Climate crisis *

 In december 2015 in France, during the UN conference about climate change, COP21, a hundred presidents and 25 000 leaders and technocrates will brainstorm on how to impose radical solutions to nations, or not, for limiting the rise of the global temperature to 2 degrees more.
For me, it's an announced fail.

A fail because the goals of the meeting started in a wrong direction. Accepting 2 degrees more, in average, on the planet, is accepting violent transformations of the climate:   hurricanes, floods, dryness, wildfires, pollination problems, soil erosion, insect, animals and vegetal invasions, viruses emergence, and so on, that will create a giant loose of biodiversity, massive extinction of species in earth and ocean during years. Look at what's happening with just a half degree more in the last fourty years, we see important effects on the poles, on the climatology, on water storage, on agriculture, on the acidity of ocean. 


*Refugees*


So 2 degrees more will create huge environemental and social disorders, unstability everywhere, wars, starvations.  Hundred millions of refugees could have to move, but move where ?. The management of this mass of refugees can completely dismantle the actual geopolitic equilibrium (if any....) and will deeply affect all the planet. A new era of chaos, but a opportunity for changing radically the system in good directions.

This meeting will be a fail, because the richest countries don't want to change their way of life in the direction of degrowth, wich is the only realist solution. And because developing countries with a big growth, like in Asia, South America or Africa for example, don't want to stop this mad race to personal enrichment. Look. This is a picture taken here  in a street of Yogyakarta, Indonesia:

*Growth, Degrowth*


Can you imagine what can happen, in terms of energy, in terms of circulation, in terms of  urbanity, in terms of pollution, in terms of fluidity of a city, and merchandise transport, if all this people earn enough money to buy a car for rainy days ?

How transformakers can help in the context of climate crisis ?

By helping us to change the scale from globalization to small resilient networked communities. By helping us to rebuild real direct democracy. By helping us redefine our urbanisation, our usage of the lands. By helping us to rebuild our social organisation around knowledge networks.


*Energy crisis*

Second crisis affecting the world is energy crisis: all our societies and economies are totally dependent on oil: the actual madness of the low prices must not mask that conventional Oil had a production peak few years ago. We live now in the illusion of infinite Unconventional oil and shale gas, but this new prosperity will have a end. And it will not be possible to drill and destroy all our lands and groundwater everywhere and continue to produce greenhouse gas. The planet has a limited quantity of fossil energy in the ground, and we are reaching the limits in one or two generations, our children.

Coal will stay a durable low cost solution for many countries, but increasing the global climate chaos. The actual very low cost of oil is a unique opportunity to invest in renewable energies, but few people, few nations have understood that. ( 100% renewables soon in New Zealand, Denmark, Bhoutan, etc)

We imagine how Transformakers can help in the context of energy crisis and interdependency: in the same direction of autonomy and solidarity. Changing the scale again. We must harvest clean energy, renewable energy everywhere, and share it. Hackers and Transformakers have a lot of solutions.


*Ressources crisis*

The third big crisis, coming at the same time, is a the crisis of ressources: pure water is missing everywhere because of very bad managements, but the most important resource crisis will come with metals: here is the previsional calendar about the peak of production of metals. Source from one famous elit engineer shcool in  france Ecole Centrale:


Peak of metals= huge price increase
Terbium, Hafnium, Antimony ==> crisis 2020/2025  (batteries)
Palladium, Gold , Indium, Zinc ==> crisis 2023/2027 ( computers, electronics)
Stain, Silver, Nickel ==> crisis 2028/2033 ( food industry, chemistry, metallurgy)
Lead ==> crisis 2030/2035 ( batteries)
Copper, Tantalum ==> crisis 2035/2040 ( electricity, electronics)
Uranium, Platinium ==> crisis 2060 ( nuclear energy, aerospace, chemistry)
Iron ==> crisis 2080


Transformakers must help us to redefine our materials strategies our industrial strategies. How to go from globalization of the production of very bad quality goods, to small autonomous production of very solid tools and productions ? How to organise a clever recycling of all materials ? how to change the scale in the direction of self-democratic management, citizen industry, is again the problem to solve. And Transformakers have a lot of solutions.

*Economy crisis*

No lessons have been taken from the 2008 crash. Fragility of the economy grows with technological improvements in high frequency trading. 95% of daily market transactions does not involve goods, but only speculation.   The debts of many countries are deeper every day, and those debts places the political teams under the control of big banks, big monetary regulators driven by banks, and under the control of big companies wich doesnt care about common goods. This provoke also a crisis of democracy, of citizenship, of trust into others.

Hackers and transformakers have always worked on the evolution of money. Digital encrypted currencies, local moneys, networks of exchange, P2P moneys are research we should more focus on very quickly, because solutions exist to be less dependant on banks and markets.



*Transformaking*

Come back to transformaking, and let's have a look to good, positive news, coming from everywhere in the  world.

We discover today that good social, environemental and financial practices have always existed. Transformaking is the common behaviour in many communities in the world, especially in rural areas: do it yourself, DIWithOthers, Do It Together: people invent tools and technologies adapted to their context, to their pragmatic needs, using few ressources,  using local resources, people repair, they recycle, they hack objects, they transmit the knowledge to young generations. Poor countries will not suffer as rich countries in the chaotic future, because they have always lived in the Transformaking way.

In social organisation, all over the world, small communities use solidarity structures, monetary arrangements, like barter systems that can be considered as local money, in a pure peer to peer exchange. The organisation of traditional communities are big lessons for us and this model just need digital tools to be adapted to small communities in modern world.

 
*Sharing knowledge = open sourcing*

Transformaking has had also an official arrival in our society, 30 years ago, when  hackers started  to change the world with the first open source software licences, wich was one of the most powerfull polititcal act of the XXth century. Artists have followed the movement 20 years ago with open source documents and artworks licences, and some makers have taken another important step, ten years ago,  with Open Source Hardware licences. This is transformaking: changing the society by offering alternatives containing the values of solidarity and knowledge.

Open source technologies, from their concept to production or distribution, open the possibility of a total citizen control on technology. It's now possible to envision human-scale industry, citizen industry, decentralized industry, like our ancestors did before industrial revolution. The ecosystem of transformaking is self-organised around knowledge networks. Any technological process can be created or improved by transformakers, because networks of knowledge, networks of citizen research,  networks of materials and networks of components exists underground. In the recent years, transformakers have started to design and build very complicated open source machines related to many sectors of industry, and citizen research attacks now topics like high tech medecine, nuclear physics, nanotechnologies or genetics. All in Open Source: Free Libre Open Source Software (FLOSS) and Free Libre Open Source Hardware (FLOSH)

  Patents are living their last twenty years, even in some very protected niche industries, like for example medical equipements: look at this websites and initiatives:


One could argue that hackers, transformakers are not regulated by authorities, certifications, ethic comitees ? and could launch dangerous projects for the society ? No. They couldn't.
Because we are network of citizens, we are self organized and the debate is always open in open source technologies. Creation and correction of code, of designs, follow real democratic rules. Less dangerous than governement or military-security's projects.

*How to push more transformaking in society ?*

-first by protecting internet and the net neutrality. Networking tools are essential for democracy and sharing of the knowledge. Big companies like Facebook and GAFAM are silently killing internet by replacing all software on the client side, by services driven by their data-suckers servers, associated to the Panopticon of the Internet Of Things. New global totalitarism.

-by supporting hackers and transformakers projects through their crowdfundings

-by opening new medialabs, hackerspaces, makerspaces, and open laboratories, and specialized of them ( biology, health, agriculture, etc)

-by opening places in cities to dismantle, repair, recycle objects, parts, etc

-by choosing to use open source software and open source hardware when available

-by funding P2P and common goods initiatives on all sectors of society ==> P2P foundation

-by installing education programms about hacking, about transformaking

-by choosing slow and resilient communication technologies for establishing strong communication and education networks.



*Post capitalist era*


Transition from globalisation to new resilient small scale networked societies is necessary and must start now.  Transformakers are the first explorers of a post capitalist era. But they don't move alone. Many new citizen organisations,  new style political movements are following the movement, but most of them ignore what transformakers are doing. But they do:


Transformakers have started to transform the society through new behaviours based on local resources, local solidarities, self-management and direct democracy, and based on global communication and global exchange of knowledge.

Instead of loosing energy to impulse this vision into standard political systems,  it look more efficient to start building initiatives around us, responding to our values, co-existing with the actual system, and if our alternatives are good, if our models takes sense into the society, they will naturally replace the old system, without war, without revolutions.

                                                           Let's do it. DIY, DIT, DIWO, DIN *

                                                           Jean-Noël Montagné, Transformaking Symposium, Jogjakarta, September 2015.

* Do-It-Yourself, Do-It-Together, Do-It-With-Others, Do-It-Now

29 février 2012

Circuit long, circuit court, relation directe & taille humaine

Mais revenons à nos légumes. 

Pour comprendre comment la centralisation et le modèle pyramidal peuvent être court-circuités, prenons un exemple dans la vie quotidienne, l'alimentation. (Manger et boire sont des priorités absolues, comme dirait Coluche.) Nous observons qu'il y a à peu près deux modèles en usage:

Alimentation industrielle, circuit long = agriculture industrielle + concentration des matières premières + transformation industrielle + pré-processing de l'alimentation + intermédiaires + distribution de masse = impacts sur l'environnement (biodiversité, intrants, biotope, énergie, transports, emballages) + impacts sur l'énergie (pétrole) + sur la finance (spéculations sur les matières premières agricoles) + sur les transports + impacts politiques et économiques (délocalisations, impérialismes, brevetage des semences) + impacts sur la santé publique (intrants, pesticides, conservateurs, OGM) + impacts sur la sécurité + impacts sur la culture (marketing, nourritures confessionnelles, patrimoine), etc. On peut y rajouter un incroyable gaspillage : les derniers chiffres de 2011 montrent que 30 % de la production alimentaire mondiale est jetée sans être consommée. Centralisation ? Modèle pyramidal ? Les dix premiers grands groupes de l'agro-alimentaire nourrissent la moitié de la planète.

Alimentation familiale locale, circuit court = agriculture locale, vente directe, cuisine familiale= Intrants locaux et recyclés, biodiversité, semences locales reproductibles, patrimoine culturel, emplois locaux, environnement protégé, lien social, coût énergétique limité, etc. c'est encore le modèle de milliards de personnes sur cette planète, et il fonctionne depuis des milliers d'années, sans détruire quoi que ce soit.


L'alimentation industrielle étant à la fois remise en cause par la croissance du coût de l'énergie et par les changements climatiques, à court terme, il nous faudra rapidement mettre en place des solutions durables pour nourrir les humains, quelle que soit leur zone géographique. Il va de soi que les populations qui sont déjà en auto-suffisance, qui sont généralement des populations de pays moins industrialisés, sont déjà à l'abri.

Ceux qui ont du souci à se faire à court et moyen terme sont les populations urbaines concentrationnaires. Les grandes mégalopoles. Elles sont actuellement  totalement dépendantes des transports et de l'industrie agro-alimentaire : pour chaque ville européenne et chaque produit alimentaire, on connait le nombre de jours d'autonomie. Les citoyens de nos plus belles capitales seraient surpris de découvrir que cette autonomie n'est que de quelques jours, voire quelques heures, tellement les flux tendus sont devenus la norme de distribution alimentaire.

Certes, dans l'avenir, les urbanistes de demain ont imaginé et intégré les notions de permaculture urbaine, fermes verticales, fibres et protéines produites en bassin, villes en transition, mais ces concepts sont tellement inconnus des politiques et des citoyens, tellement ignorés par la pensée unique, que leur mise en place ne pourra se faire qu'au bord du gouffre énergétique et climatique, si l'on en a encore les ressources.

Certains ont déja commencé les mutations nécessaires : aux Etats-Unis, à Détroit par exemple, ville sinistrée de l'automobile, des pavillons d'habitation et des usines abandonnés au coeur des quartiers sont détruits et remis en agriculture par des collectifs citoyens ( en général en agriculture bio), pour subvenir aux besoins locaux. Mais on a du mal à imaginer ce que peuvent devenir Tokyo, New-York ou Paris lorsque les légumes ne pourront plus venir d'Italie, Hollande, Espagne ou Maroc.

Retrouver une alimentation non-industrielle, saine et à coût raisonnable, sans impact sur l'environnement, génératrice de culture et de lien social, est nécessaire pour l'humanité. On ne peut pas croire un seul instant que les technocrates de certains organismes de recherche, ou d'agences mondiales de l'alimentation, prétendant que les OGM de trois ou quatre firmes transnationales vont suffire à nourrir le monde, aient raison dans le contexte qui se dessine sous nos yeux.

Il faut que la paysannerie renaisse dans le monde sous de nouvelles formes. Il y a d'abord une question d'échelle. Le capitalisme a profondément ancré dans nos cerveaux les notions de production de masse, de croissance continuelle, de négation de la distance, de productivité, de rendement, d'immédiaté. Tout concepts éloignés de la raison de la Nature.

A quoi sert la notion de rendement si elle écrase le paysan dans des travaux harassants, si elle pourrit son environnement, si elle détruit son moral et sa vie familliale, si elle l'endette, si elle le sert pieds et poings liés à des multinationales pour lesquelles tout individu n'est qu'un pion interchangeable, et si elle ne fournit au consommateur final qu'un produit toxique, formaté et sans saveur ? Un paysan avec 4 hectares en bio, ne faisant que de la vente directe, vivant largement, n'est-il pas plus heureux qu'un céréalier ou un éleveur avec des dizaines ou des centaines d'hectares ?

Pour une exploitation agricole, comme pour une  entreprise ou une architecture, ou tout processus humain il faut revenir à la notion primordiale de taille humaine.

La taille humaine, c'est un équilibre entre le contrôle par une personne, ou un tout petit groupe de personnes en entente cordiale, et un processus de production ou de génération. C'est ce qu'une personne peut manipuler, contrôler, entretenir, surveiller, travailler, détenir, protéger, construire, développer, concevoir, enseigner, transmettre, sans dépendre de façon vitale d'un autre processus.

Dans les AMAP que l'on voit surgir dans le monde depuis une dizaine d'années, un maraicher, un éleveur, un fruiticulteur, et un seul céréalier suffisent pour 40 à 80 foyers avertis, c'est à dire, foyers dont les processus d'alimentation ont quitté l'ère consumériste traditionnelle née au milieu du XXème siècle.

Les agriculteurs en vente directe bien organisés, sous AMAP, sous coopérative comme les Voisins de Panier par exemple, arrivent à vendre, et souvent du bio, au prix de la grande distribution. De nouveaux concepts de rotation ou de partage de ressources, permettent avec un minimum d'organisation numérique, de rajouter la diversité nécessaire aux processus, aux productions, comme au lien social.

Toute cette économie de la vente directe repose sur une seule chose: un ensemble de technologies de communication et d'agrégation de contenus. C'est la véritable clé du système. Ces outils ont permis une automatisation des relations technocratiques nécessaires à la production, à la distribution et au lien social associé. Ces outils, quasiment tous liés à Internet et à la culture des Logiciels Libres et Ressources Libres ne sont que des intermédiaires, des synapses, mais ils sont à protéger comme la prunelle de nos yeux. Ils sont totalement dépendants d'Internet, c'est à dire d'un réseau non dépourvu de failles, mais que l'on peut doubler, là aussi, de façon pérenne.

En ce qui concerne l'aspect économique, cette taille humaine permet également d'utiliser des modes d'échange non-marchands, c'est à dire des systèmes d'échange de services, d'échange de biens, dans lesquels aucun pouvoir économiquement totalitaire ne peut intervenir.

On rétorquera: oui, mais, pouvons-nous nourrir Paris ou Tokyo avec des AMAPs ? et les pays ou l'hiver dure 6 mois et empèche toute culture ?

Dans la situation actuelle, la réponse est non. Il n'y a pas de solutions miracle, mais une multitude de solutions à échelle humaine, qui chacune apportent leur pierre à un problème particulier. Un système d'autonomisation, d'autogestion, ne peut pas se concevoir à l'échelle industrielle. C'est un piège.

Une mégalopole de 30 millions d'habitants comme Tokyo, si l'énergie pour les transports transnationaux vient à manquer (le Japon entier importe 60% de sa nourriture d'autres parties du monde), doit réduire sa population, à la fois pour dégager des surfaces agricoles ( verticales), et à la fois pour limiter la masse d'aliments à fournir par unité de surface terrestre.

La concentration humaine est une création des révolutions industrielles, liée à la mécanisation, à la production de masse. C'est à dire dépendante de ces paramètres. La bonne réponse est donc d'aérer les zones concentrationnaires, qui d'ailleurs, le font naturellement si on ne les remplissait pas à nouveau, car la fécondité baisse avec la concentration des individus.

Une deuxième problématique alimentaire est celle de la dépendance au climat ou aux saisons: trop froid ou trop sec. Là aussi, il n'y a pas de réponse globale ou systématique, mais un ensemble de solutions à échelle humaine, évoluant avec le temps.

Les pays riches très froids en hiver importent massivement des produits cultivés à des milliers de kilomètres de là : Il y a pourtant des techniques traditionnelles de conservation, que le monde moderne nous a fait oublier, pour garder plusieurs mois des protéines végétales ou animales en attendant la bonne saison ( Qui possède chez soi un vieux livre de cuisine de grand-mère ou arrière grand-mère saura comment on peut conserver un oeuf intact pendant plus de 6 mois ou un an, une pomme ou une carotte pendant tout l'hiver).

Il y a aussi des techniques contemporaines de culture hors-sol, germinations et autres fermentations sous abri, qui peuvent assurer diversité en produits frais, goût et culture du bien manger. L'énergie pour ces cultures indoor n'est pas un problème dans la mesure où ces pays ont une abondante énergie hydraulienne à proximité ( la gigantesque énergie des courants marins, à ne pas confondre avec le marémoteur ou l'houlomoteur)

Mais ne nous enfermons pas dans des solutions toutes faites. Ni dans l'aveuglement technologique. Regardons simplement le fait que d'un côté, l'auto-organisation, l'autogestion, la taille humaine permettent une indépendance des processus, du producteur jusqu'au consommateur. Même la finance ne peut pas parasiter le système.

Le consommateur consumériste objectera que le temps lui manque pour s'insérer dans un processus d'autogestion. La réalité est qu'il n'a pas quantifié le temps total que lui prennent ses activités liées à l'alimentation, et encore moins l'emprise psychologique que lui prennent ces courses, ni le temps qu'il lui faudra pour s'en remettre. Par exemple le temps de montre et le temps de cerveau nécessaire pour quitter un centre urbain avec un véhicule, rejoindre une zone commerciale péri-urbaine, naviguer entre parkings, rayons, queue à la caisse, parking, chariot, sacs, emballages, regarer son véhicule est bien supérieur à l'heure de plaisir de retrouver les copains de l'AMAP, son agriculteur, boire un coup et papoter avec les autres Amapiens dans un lieu sympa, à proximité de chez soi.

En serait-il de même pour des productions non-alimentaires ? de l'habillement, de l'équipement, de l'électronique, du pharmaceutique ? nous nous y pencherons ultérieurement.

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